• Monsieur Luis Sepulveda, ce vieux qui commence son roman d'amour par "Le ciel était une panse d'âne gonflée qui pendait très bas, menaçante, au-dessus des têtes." a aussi écrit d'autres bouquins. Je suis en train de lire Rendez-vous d'amour dans un pays en guerre, une succession de nouvelles traitant de rencontres manquées ou ayant eu lieu, avec des êtres ou avec des choses. Pas gaies en général mais toujours belles... J'en retiens pour l'instant une phrase, au tout début du livre :

    "L'alchimie du bonheur dépend d'un juste dosage des oublis."


  • Gary Larson est un auteur de BD américain né en 1950, maître du dessin absurde. BD n'est pas le terme exact, il est "cartoonist" et dessine la plupart du temps des planches à histoire unique : un dessin et une légende. Les deux sont d'ailleurs souvent en décalage.

    Gary LarsonCes personnages fétiches sont des animaux : beaucoup de vaches, des poulets, des amibes, quelques humains, des professeurs, des hommes préhistoriques, des extra-terrestres, des monstres... Ses dessins, drôles et cyniques, représentent souvent des catastrophes dues à la bêtise de ses personnages, ou des situations classiques avec des personnages qui le sont beaucoup moins (la famille Alien réunie pour le repas de Noël, un des bébés alien sort sa tête de la dinde. "voyons, on t'a déjà dit de ne pas jouer avec la nourriture !").

    Un de mes strips préférés représente des professeurs assistant à une conférence. Tous ont un canard sur la tête, sauf un... "soudain, le professeur Truc se rendit compte avec effroi qu'il avait oublié son canard à la maison".

    Un autre exemple de légende : Dernière page du concours de médecine : question bonus (50 points) comment s'appelle ce truc qui pend au fond de notre gorge ?

    On lui doit entre autres inventions le terme luposlipophobie : la peur (phobia) d'être poursuivi par des loups (lupo) sur un parquet de cuisine qui vient d'être ciré (et donc rendu glissant : slipo, du verbe anglais to slip).Grâce au docteur Dale H. Clayton de l'université de Chicago, qui précise ne pas travailler sur les insectes mignons, une nouvelle espèce de pou a été nommée Strigiphilus Garilarsoni.
    Gary Larson a trouvé cette disctinction très flatteuse : "de toute façon, je ne pouvais pas m’attendre à ce qu’on donne mon nom à une nouvelle espèce de cygne."

    Il est l'auteur d'une série appelée "The far side", l'essentiel de son oeuvre. Si vous ne l'avez pas encore, je vous conseille de le suggérer pour Noël. Et comme pour les Monty Pythons et si vous êtes anglophones, en VO

     

     

     


  • Marseille, terre de luttes... Le mot est facile, surtout à l'heure où les traminots de la RTM mènent la vie dure aux services municipaux. La ville a l’humeur un brin insurrectionnelle et il ne fait pas bon la chatouiller de trop près… Logiquement, c’est dans cette cité familière des luttes sociales que les pirates d’Agone ont choisi de s’établir. Rien d’étonnant, non plus, à en juger par le catalogue (résolument « critique » et solidement ancré à gauche) que cette (jeune) maison d’édition, patiemment, étoffe : Pierre Bourdieu, Jacques Bouveresse, Max Weber, Karl Kraus, Noam Chomsky, Guy Hocquenghem, Serge Halimi, Loïc Wacquant (même si…) Mise en page soignée et originale, appareils de notes ultra complets, variété des formats et des collections… Du travail d’orfèvre pour une politique éditoriale d’une grande qualité.

     

    Agone édite également une revue éponyme, agone, dont la dernière livraison, «Domestiquer les masses», vient de paraître. Sur le mode de Manières de voir (mais en plus « feuillu »), agone n°34 se présente comme une compilation d’articles, récents ou plus anciens (Chomsky, Pasolini, Orwell...), sur la question de la communication de masse et des manipulations qu’elle véhicule. Plusieurs objets d’étude (« Lille 2004 », la falsification de la critique des médias, la télévision, le développement durable, les Nations unies…) pour différents aspects d’un même phénomène. Précis, rigoureux, militant.

     

    La prochaine parution  sera consacrée aux Guerres de Karl Kraus. Il est fort probable que Flu en touche (au moins) deux mots…

     


  • Le dessin contemporain tient désormais une place prépondérante dans le champ de l'art actuel, selon la sociologue et historienne de l'art Anne Sauvageot (in Voirs et savoirs : esquisse d'une sociologie du regard, PUF 1994). En témoignent le succès du Salon du Dessin contemporain et de la foire Slick Dessin, en parallèle du Salon du dessin, ainsi que les diverses revues qui lui sont consacrées. Mais qu'est-ce, au juste, que le « dessin contemporain » ? Petite explication.

      

    Le dessin, depuis une bonne décennie, n'est plus considéré comme un genre mineur. Sa récente réévaluation a été en partie encouragée par le marché de l'art, qui trouve là non seulement le moyen de vendre à bas prix des œuvres d'artistes cotés, mais aussi d'attirer les jeunes collectionneurs moins argentés ou de lancer de jeunes artistes.

    Un médium qui a la cote

    Comme on peut le voir au Salon du Dessin contemporain et à Slick Dessin, certaines galeries accordent d'ailleurs désormais une large place à ce domaine, comme les galeries Sémiose, de Multiples ou Anne Barrault. Pour cette mouture, les jeunes artistes talentueux (Fabien Verschaere à la galerie Metropolis, Vera Molnar chez Kandler à Toulouse, Gilles Balmet chez Dominique Fiat) côtoient les pointures dont il est appréciable de retrouver le génie sur une simple feuille de papier (Kiki Smith chez Lelong, Pierrette Bloch chez Lucie Weill & Seligmann, Raymond Pettibon chez Marion Meyer à Slick).

    Par ailleurs, plusieurs revues spécialisées ont récemment fleuri. Rouge Gorge, revue apériodique et impertinente créée en 2003 et éditée par les artistes Antonio Gallego et José-Maria Gonzalez, compile les dessins de plasticiens, d’humour et de presse et le graphisme. Frédéric Magazine, qui paraît environ une fois l'an, fut au départ un site internet, sur lequel des artistes publient chaque jour un nouveau dessin. Le troisième numéro qui vient de paraître regroupe plus de 200 dessins d'artistes divers, réunis autour des membres fondateurs du site. « Revue critique sur le dessin contemporain », Roven publie ce printemps son très beau premier numéro, avec au sommaire, entre autres, un entretien avec l'artiste américain Sam Durant, un dossier sur la ligne et un portfolio d'Alexandre Léger.

     

     

     


  • Humour : la série Jeeves  de Pelham Grenville Wodehouse (1881-1975) Les Éditions Omnibus à Paris ont ressorti, sous le titre générique de Jeeves, quatre romans de Pelham Grenville Wodehouse (1881-1975) qui, depuis leur parution (en 1923 pour L’inimitable Jeeves, en 1924 pour Allez-y Jeeves et en 1934 pour Ça va Jeeves ? et Merci, Jeeves !), n’ont cessé de remporter un succès phénoménal aux quatre coins de la planète auprès des amateurs d’humour à la fois pince-sans-rire et délirant.

    Évoluant dans un univers so British peuplé de jeunes filles – de bonne famille, indeed – énergiques et épuisantes, de leurs tantes redoutables et de leurs oncles débonnaires, le personnage de Jeeves, le génial et flegmatique majordome d’un jeune célibataire oisif et écervelé qui a l’art de se fourrer dans des situations inextricables, a enthousiasmé et fait rire aux larmes des générations de lecteurs éblouis par tant de virtuosité dans l’art de brosser le portrait un brin sarcastique d’une société.

    Quand on referme cet ouvrage, on ne peut que partager ce commentaire définitif d’un critique littéraire sujet de Sa Gracieuse Majesté : « Il n’y a que deux sortes de lecteurs de Wodehouse, ceux qui l’adorent et ceux qui ne l’ont pas lu ».


  • Evidemment, rien de tout ça ne serait possible sans la maîtrise des outils de la BD dont font preuve les auteurs. Au premier coup d'œil, le dessin tendance ligne claire ne paye pas de mine, surtout avec une colorisation Photoshop plutôt moche, mais les personnages sont toujours bien plantés, les scènes clairement identifiées et les concepts simplement illustrés : les algorithmes booléens sont tout de suite plus clairs expliqués dans un jardin-labyrinthe, la métaphore de l'hôtel infini d'Hilbert est plus digeste quand elle est tournée en dérision dans un hôtel fini et le paradoxe des ensembles de Russell est expliqué au moins de trois façons différentes, avec des dessins et avec des mots.

    On le sait depuis au moins Scott McCloud et son Art Invisible, la BD peut-être un excellent outil pour expliquer simplement des idées compliquées. Ne vous faites cependant pas d'illusions : vous ne ressortirez pourtant pas de la lecture de celle-ci avec une idée très précise des idées de Russell, qui dans son Principia Mathematica a passé 362 pages à expliquer pourquoi 1+1=2. Certes, vous en apprendrez plus à la lecture des annexes, entièrement textuelles, qui expliquent quelques uns des concepts évoqués et fournit de courtes biographies des principaux protagonistes (petit jeu : saurez vous devinez lesquels sont devenus fous ? vous avez à peu près 50% de chances !), mais votre connaissance restera très générale et en pratique inapplicable.

    L'intérêt de Logicomix est surtout de poser des questions, d'éveiller la curiosité et de raconter une histoire prenante. Les fondements logiques des mathématiques, après tout, constituent sans doute l'un des territoires de la philosophie les plus abscons pour les non initiés, le genre de choses que même un ambitieux philosophe du dimanche n'ose généralement pas approcher. Logicomix aura au moins le mérite de permettre à quiconque de savoir à peu près de quoi on parle la prochaine fois que le sujet des fondements mathématiques de la logique sera abordé en soirée.


  • Avis sur le club des incorrigibles optimistes  de Jean-Michel GuenassiaPrix du Goncourt des Lycéens en 2009, Le club des incorrigibles optimistes trône sur mon étagère depuis pas mal de temps déjà. Il était donc temps que je me lance dans la lecture de ces presque 800 pages...
    J'avoue que, malgré sa notoriété, j'ai au début beaucoup douté de ma capacité à lire ce livre jusqu'au bout... En effet, tout ce qui est politique me fait fuir en courant, et on peut dire que dès les premières pages, le contexte politique de l'histoire est très fortement présent, et le restera jusqu'à la fin. Mais j'ai tenu le coup, grâce au formidable talent de Jean-Michel Guenassia.
    C'est l'histoire de Michel Marini, un adolescent nul en maths, qui a pour habitude de jouer régulièrement au baby foot au Balto. Cette brasserie parisienne comporte une arrière salle qui l'intrigue beaucoup. Le jour où il décide enfin d'aller voir ce qui s'y passe, il découvre et se passionne pour un club d'échecs dont les membres sont principalement des réfugiés politiques de l'Europe de l'Est, qui ont trouvé asile en France. C'est ainsi qu'il va se lier d'amitié avec les membres du Club des Incorrigibles Optimistes, car, comme ils le disent eux-mêmes, si eux ne sont pas optimistes, qui le sera ? Le fil conducteur du roman est donc l'histoire de Michel, son adolescence, sa rencontre avec les membres du club, son évolution dans la vie... Le tout intelligemment ponctué par le passé de ces Incorrigibles Optimistes, qui ont dû tout quitter, femmes et enfants, travail, richesse et notoriété, pour fuir leur pays et rejoindre la France, où ils pourront enfin être libres.
    On se prend facilement d'amitié pour Michel, qui a une vie d'adolescent ordinaire mais ponctuée de drames familiaux poignants. Le moindre événement de sa jeunesse est raconté par l'auteur de manière si réelle qu'on se croirait presque à l'intérieur de l'histoire... Les membres du Club sont tous aussi intéressants et charismatiques les uns que les autres, et une fois l'histoire entamée, à aucun moment je n'ai souhaité abandonner ce livre. Je voulais absolument savoir quel était le passé, l'histoire de tous les personnages et découvrir leurs mystères. Car on sent qu'il y a quelque chose à découvrir derrière toute cette histoire, notamment à travers un personnage, Sacha, dont on ne saura rien jusqu'aux dernières pages bouleversantes de ce roman.
    Alors oui l'aspect politique est omniprésent. Mais la plume fluide et simple de l'auteur, et sa manière de raconter les choses les plus terribles avec tant d'optimisme font qu'on s'accroche à ce livre prenant et addictif, que je conseille vivement. C'est le 2e Goncourt des Lycéens que je lis, et je suis tout aussi enchantée que pour le 1er, Du domaine des murmures, qui m'avait émerveillée. Ce prix semble être une valeur sûre, je compte bien m'y pencher un peu plus attentivement...

     

     






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